Antidépresseurs ou pas?

« Aucune approche pharmacologique n’a pu montrer un intérêt spécifique dans le traitement du refus anxieux scolaire. Les traitements médicamenteux doivent rester symptomatiques mais peuvent apporter un soulagement non négligeable » écrit le Dr Nicolas GIRARDON, Pédopsychiatre, Chef de Service, CMPA, Neufmoutiers-en-Brie, Fondation Santé des Étudiants de France (place des médicaments, p.217 du livre de l’Association Phobie Scolaire aux Éditions Josette Lyon : « École, quand la phobie prend le dessus »).

Les dernières recommandations de bonne pratique de la Haute Autorité de Santé (Manifestations dépressives à l’adolescence Novembre 2014) ainsi que les publications sur le sujet vont toutes dans le même sens : chez l’enfant et l’adolescent, non aux antidépresseurs (surtout pas d’emblée) et oui aux thérapies non médicamenteuses adaptées.

Remarque concernant les enfants à haut potentiel (HP) : pour ces enfants très particuliers qui constituent une part importante des jeunes souffrant de phobie scolaire, l’essentiel est d’abord d’identifier leur haut potentiel et de comprendre leur fonctionnement tout à fait spécifique afin de s’y adapter (voir les ouvrages de Jeanne SIAUD- FACCHIN).

On observe chez ces enfants une résistance aux traitements médicamenteux mais aussi une résistance aux psychothérapies tant que les particularités intellectuelles et affectives de l’enfant HP n’ont pas été prises en compte. (N.B. : haut potentiel = précoce = zèbre = «surdoués»).

Devant une phobie scolaire, toujours se poser la question de la précocité (et y répondre…)

Ceci étant, après ce préambule un peu long… Si on est dans l’impasse ou une situation trop difficile avec un enfant qui souffre, tenter une aide médicamenteuse doit être réfléchie. Ce sera de toute façon transitoire. Mais ça peut vraiment valoir la peine d’essayer. Il n’est pas justifié d’avoir plus peur d’un traitement antidépresseur que d’un traitement antibiotique.

Chez les enfants et les adolescents, cela devrait rester une prescription de spécialiste, à savoir le pédopsychiatre. Certes, le médicament ne règle pas le problème de fond mais peut permettre d’apporter un mieux, d’abaisser le niveau d’angoisse afin de faciliter ou permettre le restant de la prise en charge ; ce serait donc dommage de ne pas essayer.

Les antidépresseurs (ATD) font partie des médicaments «psychotropes» (= qui vont agir sur le psychisme, le moral, l’humeur, le comportement). Les psychotropes comprennent aussi les anxiolytiques (médicaments qui vont diminuer l’angoisse sans action anti-dépressive), les hypnotiques (somnifères), les neuroleptiques, et les thymorégulateurs (régulateurs de l’humeur).

Un antidépresseur permet de diminuer un état dépressif, mais aussi d’abaisser le taux d’angoisse qui accompagne souvent la dépression, et donc de diminuer les phobies, TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) et attaques de panique qui sont des manifestations d’angoisse. Un antidépresseur est comme une béquille pour celui qui s’est cassé la jambe : la béquille permet de se mettre debout et se déplacer un minimum avec le plâtre en attendant que la fracture se consolide, puis on garde cette béquille au début de la rééducation pour éviter de se casser la figure, puis on abandonne la béquille quand on est solide sur ses 2 pieds.

On peut dire que l’antidépresseur est une « béquille médicamenteuse » permettant au patient et au psychothérapeute de faire le travail de fond. En aucun cas, il ne réglera la problématique de fond. Il ne faut donc pas s’attendre à un miracle mais à un mieux.

Il peut être parfois sans efficacité. Comme tout médicament, il peut avoir des effets secondaires, souvent passagers. En France, l’offre des nouvelles thérapies (voir le document de Nathalie PEDEUX) est assez restreinte et nullement prise en charge par l’assurance maladie (remboursement seulement si le praticien est médecin ou si la mutuelle prend en charge).

Les psychothérapeutes militent pour que leurs actes fassent partie de la nomenclature de l’assurance maladie (soient remboursables) comme dans d’autres pays de l’Union Européenne, mais ce n’est pas pour demain… Je dirais que l’antidépresseur s’impose quand le patient est tellement mal qu’il n’est plus capable de gérer le quotidien (se lever, manger, travailler, dormir), qu’il est submergé d’angoisses, de TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif), d’attaques de panique ou dans une dépression trop profonde qui l’empêche de faire quoi que ce soit.

Quel antidépresseur ?

Déroxat, Prozac, Zoloft, Séroplex …
C’est une question d’habitude du praticien mais aussi de tolérance et d’efficacité variant selon chaque molécule et selon chaque patient. Les ATD prescrits actuellement appartiennent tous à la famille des « Inhibiteurs de la recapture de la Sérotonine » (IRS). Ils sont en général très bien tolérés. Un IRS permet d’augmenter la quantité de sérotonine dans le cerveau ; la sérotonine est essentielle au bon moral et à un taux d’angoisse bas.
Le 1er arrivé sur le marché était le Prozac il y a plus de 20 ans et les autres ont suivi, les derniers étant Séroplex et Séropram et tout récemment Brintellix. L’Effexor est un peu à part car il empêche la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline dans le cerveau, permettant ainsi une augmentation des taux de ces neurotransmetteurs indispensables à la régulation de notre humeur. L’inhibition de la recapture de la noradrénaline lui confère un effet un peu « boostant », stimulant.

Les différentes familles d’antidépresseurs (ATD)

1) Les IRS (Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine) Ci-après leur nom commercial inventé par le laboratoire suivi de la DCI (Dénomination Commune Internationale) qui est le nom de la molécule = le nom du générique (les génériques ne sont autres que les noms des molécules, donc souvent plus compliqués).

• Prozac® = Fluoxétine

• Déroxat® = Paroxétine

• Zoloft® = Sertraline

• Séropram® = Citalopram

• Séroplex® = Escitalopram

• Brintellix®= Vortioxetine

• Floxyfral® = Fluvoxamine

2) Les IRSNA (Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine et de la Noradrénaline)

• Effexor® = Venlafaxine

• Ixel®= Minalcipran

• Cymbalta®= Duloxétine

​3) Antidépresseurs « autres » (rarement utilisés)

• Valdoxan® (Agomélatine)

• Stablon® (Tianeptine)

• Miansérine

• Norset® (Mirtazapine)

Les 2 derniers (Norset et Miansérine) sont particulièrement sédatifs.

4) Les antidépresseurs historiques (= vieux) [liste non exhaustive]

• Anafranil® = clomipramine

• Laroxyl® = Amitriptylline


Un petit mot sur le Laroxyl® :

➢ Selon la posologie à laquelle il est prescrit, il peut être utilisé comme un antidépresseur ou comme un anxiolytique (=anti-angoisse).

➢ Il est aussi utilisé pour calmer certaines douleurs neurologiques (migraines, neuropathies par ex). ➢ On peut l’utiliser chez les femmes enceintes.

➢ On le voit souvent prescrit chez les enfants et adolescents. C’est un médicament très ancien parfaitement connu par les médecins et pour lequel on a un recul de plusieurs décennies.


​Il existe sous forme de gouttes et on peut donner de toutes petites doses (1 mg par goutte alors que les comprimés sont de 25 ou 50 mg) ; utilisé à petites doses, il aura une activité anxiolytique ; à plus fortes doses, il aura une activité antidépressive. Chez les enfants et adolescents, il est donc utilisé comme anxiolytique ou sédatif et non comme antidépresseur. Si l’on veut utiliser un antidépresseur chez un enfant ou un ado, on se tournera vers une autre molécule plus récente (les IRS) avec peu ou pas d’effets secondaires ressentis. Ces vieux antidépresseurs ont des effets secondaires qui apparaissent rapidement même avec des petites doses (somnolence et bouche sèche) et donc inconfortables.

L’arrêt de l’antidépresseur :

Il doit être progressif et respecter la prescription du psychiatre. La durée du traitement est fonction de l’état du patient. Il n’y a pas d’accoutumance ni de dépendance à un antidépresseur (contrairement aux somnifères et anxiolytiques).

Anne, Médecin Généraliste, Maman d’une ado de 16 ans phobique scolaire. Le 25 Février 2018

​N.B. : L’auteur et l’association déclinent toute responsabilité en cas de mésusage de ce document. Il est rappelé que toute automédication est dangereuse et que seul un médecin connaissant l’enfant est en mesure de prescrire un traitement adapté.


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